« La fille mirage » Elise Broach

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Réputées pour la qualité des oeuvres publiées, les Editions Le Rouergue reviennent en force avec un roman de la collection DoAdo Noir. Impatiente de me régaler d’un nouveau délice, je dois avouer que ma lecture fut ambivalente.

Le récit s’ouvre sur trois adolescents en route pour des vacances à Albuquerque. Sous la pluie, la voiture heurte quelque chose de vivant et s’ensuivent des péripéties dont je tairai le nom pour laisser un tantinet de suspense.

La narratrice, Lucy, quatorze ans, décrit avec candeur le déclin de chaque personnage durant cette folle aventure. Car cette dernière ne peut laisser personne indemne et invite à l’introspection. En l’espace de quelques jours, les adolescents auront l’occasion de s’interroger à propos du sens de leurs actions et du mince fil séparant la vie de la mort.

Malgré un ton adroit et une jolie plume, Elise Broach n’est pas parvenue à me transcender. Le thème, à la fois lourd et cruel, n’est pas suffisamment creusé, sans parler de l’amourette, aussi mignonne soit-elle, dont on se demande pourquoi il a tant fallu broder autour. Bon, certes, il s’agit d’un roman jeunesse. Peut-être que je ne parviens plus à me mettre dans la peau d’une jeune de quinze ans.

« La fille mirage » n’est pas un roman dénué de sensibilité ni de sens, loin de là. Il aurait pourtant eu tout à gagner à s’attarder davantage sur les grandes thématiques qu’il évoque superficiellement telles que l’amour, la mort, le sens de la vie, l’abandon… autant de questions qui taraudent tout adolescent de n’importe quelle époque.

« Goupil ou face » Lou Lubie

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Magnifique album graphique décrivant avec brio les troubles de l’humeur et plus précisément la bipolarité.
J’ignore qui m’avait recommandé cette lecture, quoi qu’il en soit ce ne fut pas une perte de temps.

Ayant une connaissance très faible de la cyclothymie (plus d’infos ici) , j’ai découvert à travers cet ouvrage un témoignage puissant et authentique. D’abord, parce que l’auteure elle-même a traversé cette maladie. Ensuite, parce que cet album fut pour elle un véritable exutoire, lui permettant de canaliser ses émotions et d’apprivoiser sa bipolarité.

Comme toute personne peu renseignée ou concernée par cette problématique, j’avais en tête moult clichés et idées préconçues à propos de ce trouble. « Goupil ou face » propose un éclairage fin et intelligent, non sans humour. Quel travail remarque d’avoir été capable de personnifier une maladie pour l’appréhender moins difficilement ! Et quel don d’être parvenue à rendre ludique et amusant une maladie dont on ne guérit jamais véritablement !

Lou Lubie (joli pseudonyme, clin d’oeil supplémentaire), en plus d’être une vraie artiste, réalise un travail sur elle-même à travers textes et dessins qui sonnent justes.

Un très bel album à découvrir qui montre, une fois de plus, que l’art-thérapie doit encore être encouragé et soutenu.

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« La Fin de l’homme rouge » Svetlana Alexievitch

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« Moscou est littéralement en train de mourir de faim, avait dit le professeur Kouznetsov à Trotski. Ce n’est pas ça, la faim. Pendant que Titus faisait le siège de Jérusalem, les mères juives mangeaient leurs propres enfants. Quand j’aurai obligé vos mères à manger leurs enfants,  alors vous pourrez venir me dire « Nous avons faim ». » (Trotski, 1919)

« Exécuter par pendaison (et obligatoirement par pendaison, afin que tout le monde le voie bien) au moins un millier de koulaks invétérés, de riches… Leur prendre tout leur blé, désigner des otages… Faire en sorte que le peuple voie cela à des centaines de verstes à la ronde et qu’il tremble.. » (Lénine, 1918)

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Ces quelques lignes résument à elles seules l’impossibilité de mettre en place une société communiste sans tomber dans des dérives et systèmes de dictature.

L’idée de base du communisme, déjà proposée par Platon durant l’Antiquité grecque, est tout honorable mais elle reste empreinte d’utopie. Philosophiquement parlant, le communisme est un concept idéal mais, à mon sens, il ne peut être mis en place dans aucune société car il constitue une invitation aux dérives et débordements multiples.

Passionnée par cette doctrine, j’avais déjà pratiqué la lecture des « Enfants de Staline » qui m’a permis de me plonger moins difficilement dans cet ouvrage peu accessible. Svetlana, récompensée par le Prix Nobel de littérature, réalise un travail titanesques en interviewant des protagonistes ayant vécu, participé et subi de près le communisme durant ce vingtième siècle. Ovni à lui tout seul, « La fin de l’homme rouge » n’est ni un témoignage, ni un reportage, ni un roman mais plutôt un mémorial condensé d’informations, de tabous et de non-dits, le tout sans prise de position politique, avec toute la distanciation que doit réaliser un vrai historien.

1917, Révolution d’Octobre. C’est la chute des tsars avec Nicolas II et sa famille, renversés du pouvoir. Très rapidement se met en place un système communiste basculant vers un gouvernement où la terreur est employée pour ériger l’autorité. L’URSS est un pays ayant vécu des traumatismes sans pareil et qui ne peut se relever sans blessures profondément inscrites pour moult générations. Comprendre cette période complexe de l’Histoire s’avère un éclairage essentiel du monde tel que nous le connaissons aujourd’hui. Car l’ex URSS est bel et bien le berceau de l’idéologie communiste, cette dernière étant encore d’actualité dans certains pays contemporains.

Mine d’or d’informations, cet ouvrage reste cependant une lecture difficile à plusieurs niveaux. Tout d’abord, parce que les horreurs infligées au peuple russe restent innommables et qu’il est impossible de rester stoïque en parcourant certains témoignages. Deuxièmement, l’auteure, en souhaitant transcrire avec fidélité les propos des protagonistes interrogés, n’a pas choisi la simplicité. Il m’était parfois ardu de comprendre qui parlait exactement étant donné que le livre ne fait intervenir que très peu de ponctuation. Enfin, « La Fin de l’homme rouge » est un livre extrêmement complexe à comprendre et, pour ma part, j’ai été obligée de me documenter en parallèle pour l’apprivoiser. C’est donc avec « Le livre noir du communisme » que j’ai pu bénéficier d’un appui théorique. A moins d’être un spécialiste du communisme ou de l’avoir vécu, je ne peux que conseiller de s’armer de patience, courage et détermination pour achever cette lecture gargantuesque dont on ne sort indemne. Il y a encore tant à écrire à ce propos mais il serait bien prétentieux de ma part de prétendre à expliquer cet incroyable morceau de l’Histoire et, de surcroît, étant un sujet sensible, il appartient à chacun de se forger sa propre idée et expérience de ce régime politique.

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« Présent ? » Jeanne Benameur

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En l’espace d’une journée, Jeanne Benameur parvient à décrire le quotidien de l’Ecole. Nous sommes à la fin de l’année, c’est le jour du conseil d’orientation et chacun vit ce grand moment à sa manière avec une certaine appréhension.

A travers des changements de narration, l’auteure offre  le point de vue de chaque personnage auquel on finit par s’attacher. Au départ, le récit se constitue avec détachement. Chacun se livre dans l’anonymat et cette absence de personnalité précise permet une distance très particulière. Peu à peu, les protagonistes se matérialisent et prennent une forme concrète, faisant d’eux des êtres de chair et d’os auxquels il est inenvisageable de ne s’attacher.

Dévoré en quelques heures, « Présent ? » est une invitation à la confidence qui parlera certainement à tous les enseignants. Certes, ce n’est pas synonyme de joie ou d’espoir. Anciennement professeur, Benameur est une spécialiste de l’enseignement qui n’a pas peur d’en montrer les failles et injustices, de faire transpirer la noirceur et le pouvoir destructeur que peuvent avoir les adultes sur les adolescents.

Une chose reste évidente : ce roman ne donne pas envie de rejoindre les tableaux, la poussières de craies et les bancs. En soulignant les manquements et les aberrations de l’école, l’auteur m’a à nouveau bouleversée : quand comprendra-t-on que la formation et l’éducation sont à la base de la citoyenneté ? Quand finira-t-on par enfin investir pour donner les chances aux adultes de demain de devenir des acteurs  conscients et avertis ?

C’est avec hargne et frustration que je referme cette aventure. Car j’aurais voulu m’inscrire davantage en tant qu’enseignante, déployer mon énergie et redonner l’envie d’apprendre et de s’émerveiller sur le monde extérieur. Hélas, le système est, à mon sens, à revoir de A à Z mais tout ceci est un autre débat.

Si vous souhaitez entrer dans les coulisses et dans les cœurs des acteurs de l’apprentissage, ce roman est un concentré d’émotions et de véracité à propos de l’école. Sans fioritures, Jeanne Benameur prouve, une fois de plus, son talent et sa sensibilité inégalables.

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« La favorite » Matthias Lehmann

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Ne pas se fier aux dessins « trompeurs » car les thèmes sont loin d’être légers et enfantins

Album déroutant aux dessins incroyables dont la précision des traits donne merveilleusement vie aux personnages.
Orpheline, Constance vit avec ses grands-parents dans une demeure cossue. Coupée du reste du monde, continuellement battue par son aïeule, la jeune fille trouve refuge dans les livres et dans son imagination débordante.

Très vite, à l’aube de la puberté, Constance se rend compte qu’elle n’est peut-être pas une fille et s’interroge de plus en plus à propos de son passé familial dont elle ignore tout…

Tâche peu aisée que de résumer ce magnifique roman graphique sans en dévoiler l’histoire. « La favorite » traite de thèmes douloureux et tabous, entre autres, l’identité sexuée, la maltraitance, l’absence de socialisation et la perte d’un enfant. La fin traduit le paroxysme de la folie et de la violence humaines… Je suis tombée des nues en comprenant le dénouement et c’est avec effroi que j’ai refermé cette oeuvre superbe. A maintes reprises, on désire serrer Constance tout contre soi et la libérer de la monstruosité des « modèles » adultes environnants.

Matthias Lehmann possède un sens artistique aiguisé. Outre l’absence de couleurs, l’univers de Constance se déploie sous les yeux du lecteur. Il y a tant de vie et de mouvements que je passais plusieurs minutes à découvrir et savourer le moindre détail présents sur les pages. Mais l’artiste ne s’arrête pas là et délivre des messages profonds de sens.

« La favorite » est une invitation à la résilience, la découverte de l’adolescence et des blessures profondes qu’elle peut engendrer, le tout ficelé au travers de somptueux dessins.

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« Nos mères » Antoine Wauters

« Nos mères » commence très fort avec cette superbe citation que je me dois de partager de toute urgence :

« Enfant, quand je faisais référence à toi dans les histoires que j’inventais pour me tenir compagnie, je ne disais jamais maman, ni ma mère, mais bien plutôt nos mères. Comme si j’étais plusieurs enfants et toi plusieurs mères à la fois, et comme si tout ce que je souhaitais finalement c’était ça : diluer nos souffrances en fragmentant nos vies »

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Antoine Wauters a de quoi faire pâlir les plus grands écrivains. Avec sa plume aiguisée, les mots cascadent et s’empreignent d’une finesse difficilement égalable.
Bien que la première partie du roman soit déroutante (en cause, une narration sortant totalement des sentiers battus), le texte incarne la beauté à lui tout seul, tragique et poétique. Récit introspectif avec pour héros Jean, un jeune garçon vivant dans le Proche-Orient, « Nos mères » traduit l’amour que nourrit un fils pour sa génitrice.

Jean incarne le « nous », sa maman « nos mères », probablement parce qu’il souhaite décliner la myriade de facettes propres à l’amour maternel. Nous n’aimons pas une mère mais bien ses incroyables déclinaisons. Sans tomber dans un style guimauve, l’auteur nous plonge littéralement dans des vies aux destins brisés. Car si Jean aime infiniment sa mère, il finira par en être séparé de force, suite à une guerre et à la perte de la figure paternelle.

Outre l’absence de l’homme, « Nos mères » reflète avec brio la complexité des rapports humains et les souffrances en découlant. Comment grandir dans un monde d’adultes brisés ? Une mère transitionnelle peut-elle vraiment se substituer à celle qui nous a porté, enfanté, nourri et chéri ?

Histoire, évolution et fondements des liens filiaux, ce roman est tel une éternelle caresse. Malgré l’affliction induite en chaque personnage, « Nos mères » résonne tel le cri d’un enfant pétri d’espérance, animé par l’unique inclination d’aimer et d’être chéri en retour, dans tout ce que peut offrir l’amour parental inconditionnel.

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Antoine Wauters, jeune auteur belge

« 7 années de bonheur » Etgar Keret »

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« En regardant mon frère en pantalon d’uniforme, torse nu, occupé à peindre une aquarelle de l’oued qui passait en contrebas de la base, j’ai su que c’était exactement ce que je voulais être quand j’aurais grandi : un soldat qui, même en uniforme, n’oublie jamais sa liberté d’esprit »

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Le nouvelliste Etgar Keret retrace dans ce court roman sept années passées en Israël avec sa femme et son jeune fils. Adepte de l’ironie et de l’autodérision, l’auteur parvient à nous divertir tout en traitant du conflit israélo-palestinien, complexe et désolant. A l’instar de Spiegelman, Keret porte le poids d’un passé familial chargé d’horreurs, ses parents ayant survécu à l’Holocauste en Pologne.

Pourquoi « 7 années de bonheur » ? Simplement parce que Keret nous prouve qu’il est envisageable de s’épanouir en temps de guerre, dans une moindre mesure. A lui seul, le livre s’attarde sur la définition exacte de la joie. C’est avec intensité que l’auteur soulève l’importance de la famille, des liens profonds qui nous unissent aux êtres chers et de l’amour dans ce qu’il a de plus pur.

« 7 années de bonheur » se lit d’une traite, tout en réfléchissant intensément à la vie et au sens que nous lui donnons. Finalement, Keret s’investit d’une mission périlleuse : nous prouver que nous sommes les maîtres de notre destin et que c’est à nous qu’il revient de façonner notre conception du bonheur.

Un roman drôle, émouvant, empli d’espoir et d’amour dont la justesse des mots résonne au plus profond de chacun d’entre nous.

« Dans le taxi qui nous ramène chez nous, ma femme dit qu’il y a dans la façon dont les couples se sont connus quelque chose qui permet d’entrevoir ce à quoi ressemblera leur vie ensemble. »

 

« Maus » Art Spiegelman

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« Des amis ? Tes amis ?… Enfermez-vous tous une semaine dans une seule pièce sans rien à manger… Alors, tu verras ce que c’est les amis ! … »

La pépite « Maus » est une bande dessinée rédigée entre 1987 et 1992 par Art Spiegelman et décorée du prestigieux prix Pulitzer.

FIAF Presents: After Charlie: What's Next For Art, Satire And Censorship?

Avec ses planches en noir et blanc, Spiegelman annonce la couleur. La narration se fait crescendo, s’intensifiant de plus en plus. Ecrire à propos de l’Holocauste est déjà une tâche périlleuse mais la transformer en album constitue un véritable exploit !
Ainsi, Artie, mu en souris, décide de se pencher sur le passé de ses parents. Il s’agit, d’une certaine manière, de faire jaillir l’esprit de sa mère ayant mis fin à ses jours lorsqu’il était jeune adulte. C’est également l’occasion de pelleter dans les décombres d’un passé familial tragique dont les décombres s’amoncellent tristement dans le coeur des rares survivants.

Car la famille Spiegelman, juive jusqu’au bout des ongles, n’a pas fini de souffrir durant ce deuxième conflit mondial. Comme des millions d’autres juifs, elle traverse les camps, la faim, la fuite, la torture, l’intolérance, la barbarie et laisse derrière elle la perte, dans toute sa splendeur. Si les parents d’Artie symbolisent ce que l’amour a de plus somptueux, ils restent cependant une minorité à triompher de ce massacre. Finalement, ils n’y parviendront pas réellement puisqu’Anja finit par mettre fin à ses jours, probablement trop dévastée que pour continuer à mener une existence normale.

Maus est, à mon sens, une bible à lui tout seul. Condensé d’informations et de sensibilité, cet album transpire néanmoins la peur qui anime la plupart des écrivains s’investissant d’une telle mission : comment écrire l’Histoire sans la déformer, la malmener, la tronquer ? Art Spiegelman cite d’ailleurs Beckett « Chaque mot est comme une tache inutile sur le silence et le néant », reflet explicite de ses craintes.
Et si je commettais une erreur ? Et si mes écrits étaient fustigés ? Me condamnerait-on sur la place publique ?
Art Spiegelman incarne la finesse, la délicatesse d’esprit et la douleur. Finalement, l’auteur porte le poids de toute une génération sur ses frêles épaules.
Depuis toujours, je me passionne pour l’écriture en tant qu’exutoire et, peut-être me trompé-je, mais il me semble que Maus est une sorte de maïeutique.
En écoutant et interviewant son père, Spiegelman réalise un travail titanesque lui permettant de renaître de ses cendres. Accoucher de « Maus » l’ouvre vers de nouveaux horizons, une vie délestée d’un passé familial trop ravageur.
Au fond, dans une certaine mesure, « Maus » n’est-il pas un morceau de chacun d’entre nous ?

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« Landfall » Ellen Urbani

Malgré tout le bien lu et entendu à propos de Landfall, la mayonnaise n’a pas pris pour moi et c’est avec acharnement et colère que j’ai achevé ma lecture. Sentiment d’avoir perdu mon temps à être dupée par des personnages pour qui je n’ai pu développer un soupçon d’empathie.

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Roman polyphonique, Landfall donne essentiellement la voix à deux protagonistes, Rose et Rosy dont les chemins vont se croiser au cours d’un accident mortel de voiture. Rose, la blanche, pétrie de culpabilité, décide d’honorer la mémoire de Rosy, la noire, en partant sur les traces de son passé pour finalement réaliser qu’elle partage plus de points communs qu’elle ne l’imaginait avec la défunte…

Avec une narration d’une lenteur suprême et des détails superflus, Ellen Urbani m’a donné la migraine. Etant donné les critiques dithyrambiques, je me suis accrochée telle une moule à son rocher et lutté contre l’ennui mortel. Soporifique, voilà le mot qui résume à lui seul cette aventure dramatique. Les personnages n’ont aucune saveur, entre autres parce qu’ils subissent avec grotesque une vie minable semblant s’acharnant sur eux sans retenue aucune. C’en est désolant, fort peu probable et c’est ici que l’histoire perd de sa force de persuasion. De surcroît, je me suis sentie obligée de pleurer sur leur sort alors que je n’en avais pas la moindre envie. Et plus je tournais les pages, plus les pérégrinations des héroïnes m’agaçaient, me plongeant dans une forme d’alexithymie à laquelle je ne m’étais encore jamais confrontée.

Avec une fin prévisible à des kilomètres, Landfall dégringole davantage et en devient presque drôle. Finalement, tout ça pour ça ? Dire que je m’en doutais depuis le début mais que j’avais trouvé le dénouement beaucoup trop simpliste. Une amère déception difficile à digérer. Malgré tout, le roman sort des conventions et se démarque par une jolie plume. Si l’envie vous prend de lire un OVNI, je ne peux que conseiller de tenter votre chance. De mon côté, je clos ma lecture avec soulagement intense mais un arrière goût très amer persiste probablement pour longtemps.

« Famille modèle » Eric Puchner

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Roman atypique, « Famille modèle » n’a pas réussi à me séduire. L’histoire se déroule dans les années 80, aux Etats-Unis et met en scène cinq personnages complètement déjantés. Impossible de m’y attacher tant ils étaient loufoques et leurs agissements insensés. Warren, le père, s’endette jusqu’au cou, tente vainement de sauver ses proches de la crise financière et entraîne sa famille dans un abîme effroyable.

Dans la première partie, la narration se fait lente, permettant de cerner chaque protagoniste dans toute sa complexité (et, devrais-je dire, once de folie ?). S’ensuit alors un drame dont les Ziller ne ressortiront jamais indemnes, brisant la dynamique et leurs relations. Malheureusement, la suite du roman m’a paru éprouvante. Contrainte d’être spectatrice des moindres faits et gestes de chacun qui, à mon sens, n’apportaient aucun intérêt à l’histoire, j’ai fréquemment pensé à cesser cette lecture. Les pages sont lourdes, j’attendais un revirement, un infime espoir : quand la tournure des événements va-t-elle enfin s’accélérer ? Hélas, il n’en fut rien. Cette famille, pas si modèle que ça, s’enlise dans un terrible marasme et le lecteur n’y peut rien, triste témoin d’une déliquescence dont personne ne sortira indemne.

Finalement, outre une prose fine et agréable, ma lecture fut interminable et globalement décevante. Heureusement, Eric Puchner est parvenu à m’émouvoir à travers la poétique de ses phrases, empreintes d’un paradoxal mélange de désespoir et de joies.

 

« Allongé dans le noir, moite de sueur, il imaginait le visage de sa mère aussi précisément qu’en rêve, perfectionnant le moindre détail, depuis les minuscules pores de son nez jusqu’au pli mystérieux, accentué par le sommeil, du lobe de son oreille. Il fallait que la ressemblance soit parfaite pour qu’elle surgisse à la porte. Et parfois, ça marchait : elle apparaissait après des heures qui lui avaient paru des années, allumait dans sa chambre et posait sur le front sa main fine et rugueuse à la fois, imprégnée d’une odeur d’essence, qui ne lui faisait pas honte dans l’intimité de leur maison, mais représentait au contraire tout ce qu’il avait attendu, la plus pure des joies. Il en tremblait encore rien que d’y penser. L’amour, ce n’était donc que ça ? Les ténèbres vaincues, une main sur votre front. Dans l’intervalle, vous ne pouviez qu’attendre – épuisé, solitaire, les minutes aussi longues ou brèves qu’une vie entière – qu’apparaisse le visage de vos rêves »